Questions/réponses sur le livre ancien

Qu'entendez-vous par livre ancien ?

Dans son acception la plus générale, l'expression "livres anciens" désigne l'ensemble des éditions épuisées qui ne sont plus vendues dans le circuit de distribution du livre neuf. On peut également y rattacher estampes, cartes anciennes, manuscrits et autographes.

Dans un sens restreint, et de manière parallèle au monde des antiquités ou des tableaux, les livres anciens comprennent les ouvrages imprimés depuis les débuts de l'imprimerie jusqu'à la fin du XVIIIème siècle. Leur font suite au XIXème et au début du XXème siècle les livres romantiques et modernes, puis au courant du XXème siècle les ouvrages contemporains.

Dans notre acception personnelle, un livre ancien est un ouvrage épuisé qui possède des mérites suffisants pour être conservé, protégé, ou collectionné: texte important, témoin d'une étape dans l'histoire des idées, des connaissances ou de la société, témoignage historique, impression rare, édition soignée sur beau papier, ou encore ouvrage dont l'illustration ou la reliure en font une oeuvre d'art à part entière. ce qui laisse une bonne marge d'appréciation au gré de la sensibilité de chacun.

Le format des livres

  • 2 volumes in-4 et atlas in folio
  • Formats in-8, in-12 et in-24
Les formats des livres sont traditionnellement désignés par le mode de pliage des feuilles de papier utilisées par l'imprimeur. Jusqu'à l'avènement du papier machine dans la première moitié du XIXème siècle, les feuilles de papier fournies par les papetiers sont d'un format qui, bien que variable, est relativement homogène à une époque donnée (couramment d'environ 45 x 65 cm au milieu du XVIIIème siècle par exemple), avec une tendance progressive à l'agrandissement du XVème au XIXème siècle.

Les ouvrages fabriqués à partir de feuilles pliées en deux sont dénommés "in-folio", les feuilles pliées en quatre donnent les "in-quarto" (in-4), celles pliées en 8 les "in-octavo" (in-8), et ainsi de suite avec les in-12, in-16, in-24, etc.

A titre indicatif pour les XVIIème et XVIIIème siècles, le format in-folio correspond à des livres d'une hauteur moyenne de 45 à 50 cm , l'in-quarto de 25 à 30 cm , l'in-8 d'environ 20cm, l'in-12 de 15 à 18 cm.

Les types de reliure

  • Basane
  • Veau
  • Maroquin
  • Chagrin
  • Cartonnages d'éditeur
  • Livre broché
  • Demi-reliure à bandes
  • Demi-reliure en maroquin à coins
  • Parchemin estampé
  • Percaline éditeur
  • Veau glacé
Contrairement aux livres contemporains, dont les pages sont en général simplement assemblées et collées, les livres anciens ont une structure cousue qui rend leurs pages solidaires.

Les feuilles de papier provenant de la manufacture sont imprimées puis pliées pour former des cahiers, puis ceux-ci sont cousus entre eux, ou cousus sur des ficelles ou des rubans.

Les ouvrages dits brochés sont recouverts d'une simple couverture papier, alors que dans les ouvrages cartonnés ou reliés, les extrémités des rubans ou ficelles sont solidement fixées aux cartons ou "plats" de couverture.

L'ensemble de la couvrure (dos et plats) peut être ensuite habillé de cuir ou de toile, soit en partie (demi-reliure), soit en totalité (pleine reliure) pour donner un ensemble à la fois solide et esthétique.

Les "cartonnages d'éditeur" très répandus durant la seconde moitié du XIXème siècle sont souvent recouverts de percaline, toile fine et résistante, qui peut être illustrée et dorée.

Trois peaux sont principalement utilisées par le relieur :

  • la basane (peau de mouton), la moins chère, peu résistante à l'abrasion;
  • le veau, peau lisse de bonne résistance mais de qualité variable suivant l'origine et la préparation;
  • le maroquin (à l'origine peau de chèvre du Maroc), belle peau à gros grain très résistante mais aussi la plus chère, réservée aux reliures de luxe.

Mais les livres des XVème et XVIème siècles peuvent aussi être reliés en parchemin ou vélin, peaux de mouton ou de chèvre polies à la pierre ponce dont les plus fines peuvent également servir de support d'impression.

A partir du XIXème siècle, de nombreux livres sont également reliés en chagrin, à l'origine peau d'âne, de mulet, de cheval ou de chèvre. Peau solide, gaufrée lors de sa préparation d'un motif à petit grain, elle fut souvent utilisée pour les reliures d'éditeur de la fin du XIXème siècle.

Qu'est-ce qu'une édition originale

Il s'agit de la première publication d'un ouvrage en librairie. Dans la plupart des cas le terme est employé indifféremment avec celui de "première édition". Dans le cas cependant où l'ouvrage est d'abord paru sans l'autorisation de l'auteur, le terme d'édition originale est réservé à la première édition autorisée.

Une édition en partie originale est une édition remaniée (en général augmentée) dans laquelle des parties entières paraissent pour la première fois.

Comment dois-je conserver mes ouvrages ?

Les livres anciens ne sont guère exigeants mais craignent les extrêmes : éviter les sources de chaleur, la lumière du jour trop directe, un air trop sec ou surtout une humidité excessive. Ils doivent être dépoussiérés régulièrement pour éviter d'offrir un abri trop confortable aux insectes, et bien sûr être hors de portée des animaux véritablement dangereux (rongeurs ou animaux domestiques).

Les reliures en cuir, en particulier celles qui sont exposées à une atmosphère très sèche, pourront bénéficier d'un traitement occasionnel avec une cire spécifique (par exemple la cire 213 de la Bibliothèque Nationale, qui possède par ailleurs des propriétés insecticides et fongicides).

Quels sont vos critères d'évaluation des livres ?

  • Ex-libris
D'une manière très générale, on peut dire que la valeur d'un ouvrage ancien est déterminée par la combinaison de plusieurs critères, regroupés ici par commodité en quatre familles :

  • le contenu ou l'intérêt du texte : celui-ci peut être indépendant de son époque (pour un grand texte littéraire par exemple), ou lié à son contexte historique (journaux révolutionnaires.), ou encore représenter une étape marquante dans l'évolution des idées ou des connaissances (Darwin, Laplace.)
  • le contenant, c'est-à-dire les caractéristiques physiques, ou la qualité de l'exemplaire : état de conservation, qualité de la reliure. On préfère souvent avoir un ouvrage dans l'état le plus proche de son état d'origine: broché à l'état de parution, dans sa première reliure d'époque, dans un cartonnage d'éditeur pour certains ouvrages du XIXème siècle. Mais une belle reliure de maître même postérieure peut être aussi très recherchée.
    L'ouvrage doit toujours être complet et en bon état de conservation. Sauf cas exceptionnels, un ouvrage incomplet ou en condition médiocre n'a qu'une valeur très réduite.
    Un autre critère d'intérêt est la provenance, dont certaines sont particulièrement évocatrices : exemplaires ayant appartenu à des personnages importants de notre histoire, livres aux armes (c'est-à-dire frappés de blasons ou d'armoiries), ex-libris ou autres marques d'appartenance.
  • Les critères de rareté et d'ancienneté prises isolément ne sont généralement pas déterminantes. Si l'opinion commune est que "ce qui est rare est cher", ces notions n'ont pas toujours une importance déterminante dans le domaine du livre ancien.
    De nombreuses raisons peuvent influer sur la rareté d'un ouvrage : celui-ci peut ne concerner qu' un public très étroit (droit canonique, ouvrages techniques "pointus"), ou encore avoir été largement détruit (censure, livres populaires brochés.). Mais de nombreux textes anciens de toutes époques, pour être aujourd'hui très rares en raison d'un faible tirage, n'ont aujourd'hui qu'une valeur minime car bien souvent, la première cause de rareté d'un texte, c'est son manque d'intérêt ou, dans le cas d'un texte littéraire, sa médiocrité !
    De même, contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'âge n'est pas en lui-même un critère de valeur, à l'exception des impressions incunables ou du début du XVIème siècle, qui sont un témoignage des premières années de l'imprimerie.
  • Le livre peut enfin être considéré comme un objet d'art, en raison de la qualité de ses illustrations, de sa mise en page ou de sa typographie, ou encore de la beauté de sa reliure.
    Les critères énumérés ci-dessus permettent de cerner l'intérêt d'un ouvrage et d'en approcher la valeur intrinsèque, en quelque sorte idéale.
    Dans la réalité, la valeur marchande d'un ouvrage est déterminée par l'offre et la demande, c'est-à-dire le marché, qui ne suit pas toujours une logique de valeur intrinsèque ou objective, mais reflète également les modes, les préjugés ambiants et plus généralement l'évolution de notre société.
    La phase ultime de l'évaluation fait donc appel aux sources d'informations liées au marché : catalogues de libraires, annuaires de ventes publiques, bases de données commerciales. Toutes ces sources doivent cependant être recoupées et utilisées avec une grande prudence, en raison de la grande variabilité des exemplaires offerts et de l'intervention de multiples facteurs susceptibles de fausser les comparaisons.

C'est pourquoi, même avec la multiplication des sources d'information qui caractérise le monde d'aujourd'hui, l'évaluation sérieuse de la valeur d'un ouvrage demeure une affaire de spécialiste.

Le livre ancien est-il un bon placement ?

D'une manière générale, notre opinion est que le livre ancien ne doit pas être considéré comme un placement financier, et ne devrait donc pas être acquis dans cette perspective.

Ceci n'exclut pas toutefois que des plus-values conséquentes ne puissent être réalisées avec les livres, comme plusieurs exemples sont là pour le prouver. Comme en matière d'antiquités ou de peinture, la qualité du placement dépendra principalement de trois facteurs: le goût (ou l' intérêt personnel) de l'acheteur, la qualité des exemplaires acquis et l'évolution du marché.

D'une part (voir la rubrique précédente) le marché ne reflète qu'imparfaitement la valeur intrinsèque des ouvrages telle que l'on peut chercher à la définir. D'autre part, et bien que le marché du livre soit dans son ensemble non spéculatif, il n'est pas indemne des modes et des tendances qui affectent l'évolution de notre société toute entière.

Les "bons placements" constatés a posteriori par certains collectionneurs semblent ne résulter que rarement d'une approche financière, mais plutôt de la combinaison d'achats judicieux reflétant un goût pour des ouvrages dont l'intérêt est mal pris en compte par le marché, et de la découverte (ou redécouverte) subséquente par un public plus large du secteur d'intérêt correspondant.

Répétons enfin que dans une optique patrimoniale l'état des ouvrages est un critère essentiel, et que sauf circonstances exceptionnelles les ouvrages incomplets ou en mauvais état sont à proscrire absolument.